Hivers d’autrefois à Granby

Pour les enfants, c’est la « parade » du Père Noël qui marque le début de l’hiver et, surtout, celui du temps des Fêtes. Annonciateur de l’avalanche de cadeaux que petits et grands espèrent recevoir à Noël, le défilé du bon vieillard se termine toujours — commerce oblige — dans l’un ou l’autre des grands magasins de la rue Principale. Mais l’hiver, c’est plus que des cadeaux et des sapins illuminés, c’est aussi les vacances scolaires et les jeux dans la neige, que ce soit en traîne sauvage, en carrioles ou en ski,    un sport de plus en plus populaire à compter des années 1940. Et que serait l’hiver sans une bonne tempête de neige…ou deux ? Rues enneigées, véhicules embourbées, machinerie au travail : voilà un tableau qui témoigne de la force de la nature et de la rigueur du climat. M.G.

Hivers d’autrefois à Granby (sans téléchargement)

Ce policier, installé sur le pont de la rue Principale, en 1947, semble bien conscient de cette responsabilité. Derrière lui, l’édifice de la Giddings, Granby

 

 

 

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L’église Notre-Dame, histoire et trésors

Texte de la conférence donnée par Johanne Rochon, directrice générale de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, à l’église Notre-Dame, à Granby, le 28 septembre 2014, dans le cadre des Journées de la culture.

Une histoire de construction

L'église Notre-Dame de Granby

L’église Notre-Dame de Granby (Photo Chantal Lefebvre, Société d’histoire de la Haute-Yamaska)

L’église Notre-Dame est l’un des édifices les plus imposants de Granby, de même que le plus ancien lieu de culte de confession catholique sur le territoire de la ville. Pour ces raisons, et pour bien d’autres, l’histoire de ses commencements mérite d’être brièvement racontée.

Comme l’affirme un dicton populaire, « Rome ne s’est pas bâtie en un jour ». On peut certainement en dire autant de l’église Notre-Dame, dont la construction s’étire de 1898 à 1906. Ce délai, exceptionnel, s’explique par manque d’argent, par la pauvreté des habitants de la paroisse. On imagine mal aujourd’hui ce qu’il a fallu de sacrifices et de privations de la part des paroissiens pour construire ce joyau de notre patrimoine.

La nécessité de construire une nouvelle église dans la seule paroisse catholique de Granby, résulte de l’augmentation de la population canadienne-française au cours des années 1890, qui passe d’un peu plus de 1 200 à près de 3 000 personnes. La chapelle de 1873 ne suffit plus à contenir tous ces fidèles.  En 1898, à la suite d’une tentative ratée en 1892, les administrateurs de la paroisse demandent donc à l’évêque la permission de construire une église et une sacristie. Mais la question soulève l’opposition de plusieurs paroissiens. Dans une « Requête contre la construction d’une nouvelle église », les opposants font remarquer que si la population catholique a beaucoup augmenté depuis les dernières années, « les nouveaux venus ne sont pour la plupart que des journaliers travaillant dans les manufactures, locataires d’immeubles appartenant à des Protestants », et qu’ils n’ont pas les moyens de financer une telle entreprise.

Le haut de la ville de Granby, vers 1900 (Fonds Ellis Savage, SHHY)

Le haut de la ville de Granby, vers 1900 (Fonds Ellis Savage, SHHY)

Pour alléger le fardeau des fidèles, on choisit alors de payer la construction de l’église grâce aux revenus ordinaires de la paroisse et aux cotisations volontaires. Fondée dans ce but par le curé de Notre-Dame, Marcel Gill, l’Oeuvre du sou de Saint-Antoine regroupe 200 bénévoles dont la mission est de recueillir un sou par semaine de chaque communiant de la paroisse.

La construction de l’église Notre-Dame est confiée à l’architecte Casimir Saint-Jean, de Montréal, reconnu dans le milieu ecclésiastique pour avoir conçu de nombreuses églises et édifices institutionnels. Comme on manque d’argent, on aménage d’abord le sous-sol où on chante la première grand’messe en janvier 1900. Cette solution, qu’on veut temporaire, perdure plusieurs années ; de fait, les travaux ne reprennent qu’au printemps 1904. En décembre de la même année, le clocher est terminé et l’aménagement de l’intérieur peut commencer.

(Fonds Ellis Savage, SHHY)

Photographie prise au cours des premières années de construction de l’église Notre-Dame, entre 1898 et 1900. (Fonds Ellis Savage, SHHY)

L’église Notre-Dame est finalement bénie le 24 mai 1906. Immense, elle peut contenir 2000 personnes. Son architecture s’inscrit dans l’esprit éclectique, en vogue à l’orée du XXe siècle, qui se caractérise ici par l’amalgame des styles néo-roman, néo-Renaissance et néo-baroque.

Détail intéressant, la pierre de taille employée pour la maçonnerie des murs extérieurs de l’église provient des carrières de Deschambault.

Ce qu’il faut surtout retenir de l’histoire des débuts de l’église Notre-Dame, c’est que sans l’abnégation des paroissiens, sa construction aurait été impossible. À ce titre, c’est à eux que nous devons d’être réunis aujourd’hui au sein de ce joyau du patrimoine granbyen.

Les trésors de l’église Notre-Dame

Au cours de travaux qui se déroulent de juin 1934 jusqu’à l’automne 1935, l’intérieur de l’église Notre-Dame est complètement transformé. Les rénovations, planifiées par l’architecte René Richer, ont pour objectif principal d’anoblir le décor du temple, de rehausser son éclat et sa splendeur.

C’est à l’occasion de ces grands travaux, dont les coûts dépassent ceux de la construction de l’église, que sont installés les trésors patrimoniaux dont Granby peut aujourd’hui se glorifier : vitraux, toiles murales et mobilier sculpté.

La confection de l’ensemble des peintures murales, des motifs aux pochoirs et des vitraux est confiée à Guido Nincheri, peintre décorateur et maître verrier d’origine italienne. Aujourd’hui encore, plus de 2 000 fresques et vitraux de ce dernier ornent une centaine d’églises au Québec, dans le reste du Canada et en Nouvelle-Angleterre. De son vivant, la notoriété et le talent de Nincheri sont tels que le pape Pie XI, en 1933, reconnaît en lui « le plus grand artiste religieux de l’Église »

Commençons par les fresques murales.

(Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

La confection de l’ensemble des peintures murales, des motifs au pochoir et des vitraux de l’église Notre-Dame est confiée à Guido Nincheri. (Photo Chantal Lefebvre, 2009, SHHY)

Respectant les thématiques mises de l’avant par l’architecte, Nincheri produit sept grands tableaux peints sur toile et marouflé directement sur les murs de l’église ; ces tableaux portent sur le thème de la Vierge Marie.

Élément central de la décoration du chœur, l’imposante toile du sanctuaire illustre le Couronnement de la Vierge par Jésus. Quant à la voûte hémisphérique, elle est composée de neuf travées à l’intérieur desquelles sont représentés sept anges en adoration.

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(Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

Comme chacun de vous est à même de le constater, les 31 vitraux de l’église constituent la pièce maîtresse des rénovations de 1934-1935. Dessinés et fabriqués par Nincheri dans son atelier montréalais, ils sont faits de verre européen antique de première qualité. Ces verrières sont élaborées dans une dominante de bleu, couleur traditionnellement attitrée à Marie, et ce, de manière à faire briller davantage la lumière diffusée à l’intérieur de l’enceinte et de créer un effet de contraste avec la teinte dorée des murs.

La nef de l’église contient 17 vitraux, incluant la grande rosace de forme semi-circulaire qui perce la façade principale de l’église au niveau du jubé. Cette rosace se veut une allusion à la musique chrétienne de sainte Cécile, patronne des musiciens. Quant à l’orgue, installé au jubé en 1917 par la maison Casavant & Frères, il est construit en deux parties, évitant ainsi d’obstruer la rosace. Cet instrument, qui fait partie des trésors de l’église, est aussi l’objet d’un grand nombre d’améliorations et d’ajouts, qui ont pour but d’optimiser ses performances.

(Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

(Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

(Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

(Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

Point culminant du décor intérieur de la nef, les transepts comportent chacun quatre vitraux. En plus des thèmes religieux, il est intéressant de noter qu’une touche locale a été donnée à la portion inférieure de certains d’entre eux. Au nombre des sujets honorés, dans le premier vitrail du transept gauche (à partir de l’entrée principale), on voit Marcel Gill, curé de la paroisse de 1897 à 1916 et constructeur de l’église, dont la dépouille mortelle repose dans l’église même, dans une crypte située sous le chœur. Sur le premier vitrail du transept droit, c’est Eugène Pelletier, curé de la paroisse au moment des travaux de restauration, en 1934, que l’artiste a immortalisé. Un médaillon dédicacé à la mémoire du docteur Ernest Huot est également visible au bas des vitraux du centre.

Les rénovations de 1934-1935 permettent aussi de renouveler le mobilier liturgique, une tâche confiée aux sculpteurs ornemanistes de l’Atelier Joseph Villeneuve, de Saint-Romuald. Ces œuvres sculptées se concentrent au niveau du chœur de l’église. De ce qu’il en reste, derrière moi, on remarque les magnifiques stalles en hémicycles surmontées d’un dais et, de chaque côté du chœur, de petits autels également couronnés d’un dais. Ces pièces, sculptées en noyer noir, sont dorées à l’or bruni.

(Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

Les stalles en hémicycles surmontées d’un dais (Photo Chantal Lefebvre, SHHY)

Tout comme l’église qui les abrite, les trésors artistiques de Notre-Dame appartiennent à la communauté granbyenne et c’est donc à elle qu’il revient d’en assurer la pérennité.

 

Source :
  • Gendron, Mario, Johanne Rochon et Richard Racine, Histoire de Granby, Granby, Société d’histoire de la Haute-Yamaska, 2001, p. 148-150, 192-193.
  • Gendron, Mario, Johanne Rochon et Richard Racine, Granby, patrimoine et histoire, Granby, Société d’histoire de la Haute-Yamaska, 2009, p. 86-89.
  • Évaluation patrimoniale, Église Notre-Dame de Granby, Québec, Patri-arch, 2013, 170 p.
  • http://www.atelier-d-histoire-hochelaga-maisonneuve.org/hm/serie_C/10.html
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Le soldat Réal Galipeau revient de guerre

Il est difficile aujourd’hui d’imaginer toutes les privations et les souffrances qu’ont dû endurer les soldats qui, au cours de la Deuxième Guerre mondiale, étaient partis outre-mer combattre le nazisme. Parmi ceux qui ont la chance de revenir de cette périlleuse mission, on trouve le quartier-maître Réal Galipeau, des Fusiliers du Mont-Royal, un « p’tit gars » de la rue Saint-Charles, à Granby, dont le récit est recueilli à chaud par La Voix de l’Est en juin 1945. Son témoignage est d’autant plus intéressant qu’il concerne aussi Maurice Viens et Elphège Brodeur, deux autres granbyens, qui, comme Galipeau, ont participé au débarquement raté de Dieppe avec les Fusiliers et ont connu l’enfer des camps de concentration allemands.

Réal Galipeau

Réal Galipeau, des Fusiliers du Mont-Royal, un « p’tit gars » de la rue Saint-Charles, à Granby. (La Voix de l’Est, 27 juin 1945)

 

« “Nous avons dû manger du chien pour ne pas crever de faim”, dit Réal Galipeau.

 

“Il faut avoir vécu dans un camp de concentration allemand pour se faire une idée exacte de ce qu’y ont enduré les détenus et tout ce qui a été écrit et publié à ce sujet est malheureusement trop vrai.” C’est ce que nous déclarait le quartier-maître Réal Galipeau, de Granby, fils de Mme Ursuline Galipeau, rue Saint-Charles, qui est de retour dans sa famille depuis vendredi dernier, après avoir passé près de trois ans dans les camps allemands en compagnie d’autres détenus dont Maurice Viens et Elphège Brodeur, tous deux de cette ville et membres des Fusiliers [du] Mont-Royal. Le quartier-maître Galipeau nous donne un récit de la vie qu’il vécut depuis son enrôlement, en avril 1940. C’est également l’histoire de ses compagnons que nous n’avons pas pu rencontrer.

À la déclaration de la guerre, Galipeau s’enrôle et, le 1er juillet 1940, il commençait son grand voyage. En Islande en premier lieu et ensuite en Angleterre. Entraînement dur du commando, et du raider de nuit, pratiques diverses à bord de bâtiments de guerre, stage de quelques mois à l’île White, où il apprenait à escalader des rochers dont la hauteur varie de 100 à 500 pieds, exercices divers en prévision du raid de Dieppe.

Bien entraînés, lui et ses compagnons quittent leur camp et se rendent par camion à New Heaven, sur la Manche. À 10 heures du soir, le 18 août, il s’embarque en compagnie de 6 000 autres Canadiens français. À 2 heures du matin, alors qu’ils sont à quelque trois milles des côtes françaises, la fusillade commence, canons, mortiers, mitrailleuses, toute l’artillerie allemande est là pour les recevoir. Le débarquement s’effectue non sans pertes. Des morts et des blessés gisent ça et là. Galipeau atteint finalement la plage de Dieppe, mais il touché au bras et à la jambe droite, à la tête. Des compagnons lui portent secours mais ils sont faits prisonniers par des gardes “SS” allemands. Cependant, on le traite humainement; il est transporté à l’hôpital de Dieppe, où il reçoit des soins des médecins et chirurgiens expérimentés et adroits. On le conduit ensuite à l’hôpital de Rouen (France) où il subit des interventions chirurgicales.

Après un stage [une convalescence) de quelques mois, il est transféré au camp de concentration de Landsdorff, en Haute Silésie (Pologne). Il demeure au Stalag 8-b jusqu’au 27 janvier 1943 et doit porter des chaînes pendant une période de 11 mois. En janvier 1943, il est transféré au Stalag 2-d en Poméranie et il y passe deux ans. C’est alors que l’évacuation commence. Les prisonniers, bien gardés, partent à pied vers l’Ouest. La première journée, ils couvrent une distance de 36 milles. Ils marchent pendant trois jours et se reposent une journée. Après 36 jours de pérégrinations, on parvient à une trentaine de milles au sud-est du Danemark. Les prisonniers sont rendus à bout. Plusieurs ne peuvent plus continuer, trop faibles pour se maintenir sur leurs pieds. Ils sont placés dans des hôpitaux et les plus vigoureux parqués dans des wagons de fret par groupe de 50 hommes. Avec ça très peu de nourriture : un pain pour un voyage prévu de trois jours, mais qui en prit finalement sept à cause des nombreux bombardements. Plusieurs sont morts en chemin, d’autres à l’arrivée. Finalement, les troupes alliées purent libérer ces prisonniers qui sont conduits à Hambourg puis à Bruxelles et ensuite à Londres par avion.

Notre interlocuteur nous raconte qu’il vit à Hanovre des civils qui venaient d’être libérés. Il y avait un groupe qui comprenait un cardinal, 7 évêques, des ambassadeurs, des médecins, des avocats, des maquisards et même des aviateurs canadiens-français. Ces gens pesaient tous moins de 100 livres chacun. “De véritables squelettes humains”, nous dit Galipeau.

“En Angleterre, nous avons été choyés, dit-il, comme des enfants. Partout nous avions la priorité”. À bord du magnifique [paquebot] L’Île de France, il arriva à Halifax au cours de la semaine dernière et se rendit immédiatement à Granby où il jouit d’un repos bien mérité. »

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